Dîlan Kılıç
Biographie
Dîlan Kılıç (1990 Fribourg) est une artiste interdisciplinaire. Elle travaille le verre, le métal, la matières olfactives, la sculpture et la vidéo. Après une formation en sciences sociales et en herboristerie, elle poursuit un master en Beaux-Arts à la Hochschule der Künste à Berne.
Sa pratique s’ancre dans une expérience intime de décalage : grandir ici tout en habitant une forme persistante d’entre-deux. Ce regard depuis les marges nourrit une exploration des violences sociales banalisées, de ce qui nous est transmis, assigné, ou projeté. Elle questionne les tensions entre appartenance et exclusion, entre visibilité et malentendu.
À travers des formes sensibles et parfois instables, elle ouvre des espaces où l’ambiguïté est permise, et où les expériences minorisées sont présentées telles qu’elles sont, avec toute leur complexité, sans chercher à les simplifier ou à les traduire.
EN | Dîlan Kılıç (b. 1990, Fribourg) is an interdisciplinary artist. She works with glass, metal, olfactory materials, sculpture, and video. After training in social sciences and herbalism, she is currently completing a Master’s degree in Fine Arts at the Hochschule der Künste Bern.
Her practice is rooted in an intimate experience of dislocation: growing up here while inhabiting a persistent in-between state. This perspective informs an exploration of normalized social violence, as well as what is transmitted, assigned, or projected onto bodies and identities. She examines the tensions between belonging and exclusion, visibility and misrecognition.
Through sensitive and at times unstable forms, she creates spaces where ambiguity is allowed to exist, and where minoritized experiences are presented as they are, in all their complexity, without being simplified or translated.
Artist Statement
Ma pratique s’appuie sur des matières et des récits qui résistent à la stabilisation. Le verre, les odeurs, les plantes dites « invasives » ou encore des présences dont les récits restent partiels ou instables deviennent des points d’entrée pour interroger les logiques de classement, les rapports de pouvoir et les mécanismes qui rendent certaines histoires visibles, tandis que d’autres sont effacées, simplifiées ou figées.
Je m’intéresse aux récits situés en périphérie, qu’ils soient scientifiques, oubliés ou réinterprétés, et à la manière dont ils sont souvent filtrés par des lectures orientalistes ou réduits à des catégories culturelles et raciales fixes.
Une attention particulière est portée à ce qui déborde, à ce qui est perçu comme en trop, hors cadre ou illisible. Ces éléments, souvent écartés, deviennent ici des zones actives de tension et de production de sens.
Dans un contexte institutionnel où la notion de diversité reste fréquemment décorative ou contrôlée, l’enjeu ne réside pas dans la représentation mais dans la prise de place. Le travail cherche à ouvrir des espaces où des récits, des formes et des savoirs peuvent exister sans être traduits, expliqués ou rendus acceptables.
Je m’appuie notamment sur la notion d’opacité développée par Édouard Glissant ainsi que sur Rester barbare de Louisa Yousfi. Il ne s’agit pas de se rendre lisible ou conforme pour être légitime, mais de maintenir des zones de non-traduction, où les différences ne sont pas lissées mais reconnues comme des forces.
EN | My practice engages with materials and narratives that resist stabilization. Glass, smells, so-called “invasive” plants, as well as presences whose narratives remain partial or unstable, become entry points to question systems of classification, relations of power, and the mechanisms through which certain histories are made visible while others are erased, simplified, or fixed.
I am interested in narratives situated at the margins, whether scientific, overlooked, or reinterpreted, and in how they are often filtered through orientalist readings or reduced to fixed cultural and racial categories.
Particular attention is given to what exceeds or overflows, to what is perceived as excessive, out of place, or illegible. These elements, often dismissed, become active sites of tension and meaning-making.
In an institutional context where the notion of diversity often remains decorative or controlled, the stakes lie not in representation but in taking space. The work seeks to open spaces where narratives, forms, and forms of knowledge can exist without being translated, explained, or made acceptable.
My practice draws on Édouard Glissant’s concept of opacity as well as Louisa Yousfi’s Rester barbare. It does not seek to become legible or conform in order to be legitimate, but rather to sustain spaces of non-translation, where differences are not smoothed out but maintained as forces.